Pépée Muscadine

J'écris trop, pas assez souvent, et je ne sais pas vraiment à quoi me sert ce blog. Mais j'essaie d'y montrer de jolies choses alors c'est tout pardonné.

06 décembre 2011

Allons, vous l'espériez, pas vrai ?

Je ne savais plus vraiment comment je pouvais revenir ici, avec un milliard de choses à dire et si peu de temps pour les raconter, sans passer pour une fieffée impolie. Je ne sais toujours pas d'ailleurs.

Nous sommes en décembre et depuis le mois d'août je n'ai rien écrit, alors que je n'avais jamais eu tant de choses à raconter. Et si j'ai attendu des mois avant de venir c'est que je ne savais pas comment commencer. J'hésitais à faire une entrée fracassante à grands renforts de cors et de trompettes, à crier ici que de l'eau a formidablement coulé sous les ponts, que je songe à m'essayer au retail et au merchandising quand je pensais que je serais professeur, que l'IFM est une école formidable, qu'il y avait longtemps que je n'avais pas admiré tant de monde, et que c'est bon d'aimer ce que l'on fait.

Au lieu de cela je me suis tapie dans l'amphithéâtre Yves-Saint-Laurent, j'ai regardé les voitures passer, et j'ai laissé ce blog dans un coin timide de ma tête. Je ne sais toujours pas ce que je suis venue dire ici.

Alors je vais simplement faire une petite liste de ce dont je voudrais parler ici.

J'habite à Montgallet, et j'ai un chat que j'aurais dû appeler Bêtise. Je pars en Belgique demain, on verra bien si j'en parle ou non. Je fais les poubelles du Sentier pour coller des bouts de tissu dans un classeur. J'ai assisté à un concert de Cali. J'ai un milliards de jolies choses à montrer.

Mais avant, il s'agit de marquer le coup, de bien rappeler à ce blog que je suis toujours là. Que je suis toujours rousse, mal coiffée, que je prends toujours des photos idiotes, et que j'aime torturer les animaux.

ladymoi

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13 août 2011

Eté 2011.

Paris me plaît aussi en été ; me l'aurait-on dit plus tôt que je n'y aurais pas cru. Paris et ses pluies fines du mois d'août, son ciel changeant, ses faux-soleils et ses trottoirs vides, ses cafés morts. Paris si ingrate en été, mais que j'aime quand même.

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(Photo prise depuis un téléphone portable gracieusement prêté par une âme ronchonne)

Le premier été que j'aurai passé à Paris, et tout l'élan qu'il me faut prendre pour me jeter à bras-le-corps dans l'année qui va suivre, et que j'attends avec impatience. Entre mon petit boulot de vendeuse pour l'été chez ce cher André, les derniers tracas (les derniers grand Dieu, les derniers) avec l'Université, mon mémoire à rendre et Mme de Sévigné à reposer sur l'étagère, et ma rentrée à l'Institut Français de la Mode à préparer, je n'avais pas besoin de tracas supplémentaires.

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(Photo prise depuis un téléphone portable gracieusement prêté par une âme de plus en plus ronchonne)

Ils sont pourtant bienvenus puisque je m'apprête à déménager. Terminés les allers-retours entre Argentine et Strasbourg-Saint-Denis. Vous étiez tous deux bien différents mais je vous aime quand même. Bientôt je dirai ici où je me trouverai, bien que je n'en sache encore rien. Il y aura d'autres visites d'appartements, d'autres propriétaires paranoïaques à séduire, d'autres sourires et poignées de mains à distribuer, beaucoup de listes à cocher et décocher, beaucoup d'annonces et beaucoup de paperasse, beaucoup d'autres coups de téléphone vains et de voix inconnues.

PictAlex

(Photo prise par Alexandre Besse, au cours d'une jolie soirée chez lui)

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31 juillet 2011

Le Midi à l'heure du Botswana.

Une journée près d'Avignon, une seule, mais aussi jolie qu'on pouvait le souhaiter. Trois jolies blondes, à coups de seswaa et de chansons anglaises, reviennent du Botswana pour nous raconter leurs jolies histoires, et écouter un peu les cigales de la maison.

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Les mains dans la pâte molle et collante des dumplings, "sticky stuff !", le nez sur un pissenlit blanc, ou bien sur les marches de la piscine, ou encore à poursuivre le "chat-tortue" farouche de la maison... J'ai hâte de revoir ces blondes-là, Stellabelle et ses grandes câlineries, Lili moqueuse et ses bouclettes, et ma petite filleule en robe Chloé et tout sourire.

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19 juillet 2011

Home is wherever I'm with you.

- Well, you fell on the concrete, nearly broke your ass, you were bleeding all over the place and I rushed you out to the hospital, you remember that?
- Yes, I do
- Well, there's something I never told you about that night
- What didn't you tell me?
- While you were sitting in the backseat smoking a cigarette you thought was going to be your last, I was falling deep, deeply in love with you, and I never told you until just now.

 

(Mon blog a eu un an il y a trois jours)

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12 juillet 2011

L'Institut Français de la Mode, affaire à suivre.

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J'annonçais ici, il y a un an presque jour pour jour, que j'étais étudiante en Lettres. Un an après je viens ici pour écrire que je ne suis plus étudiante à la Sorbonne, que mon Master de Littératures Françaises est presque derrière moi. Je viens d'être admise à l'Institut Français de la Mode à Paris, dans le cadre de la formation Postgraduate de Management Mode, Design et Luxe.

J'ai encore du mal à le réaliser, je ne sais même pas vraiment comment l'annoncer ou l'écrire. Je suis simplement heureuse d'avoir osé y penser, puis d'avoir osé mettre en oeuvre ce projet malgré les difficultés d'un tel revirement, et d'avoir prouvé que je pouvais envisager, enfin, de faire les métiers que je m'apprêtais à tant envier chez les autres.

Maintenant j'ai hâte. Hâte d'évoluer dans un lieu stimulant, d'y entendre parler des choses que j'aime et que je n'avais pas jusqu'alors espéré pouvoir étudier, hâte d'enfin sentir que je suis pleinement investie dans mes études, et surtout dans un projet professionnel. Et j'ai hâte également car je peux enfin le dire : dans un an mes études seront bel et bien terminées.

Et la joie de réaliser que même si l'on cessera de me parler des textes et de littérature, que même si j'en ai un vrai pincement au coeur, ma bibliothèque sera toujours pleine de livres à lire et à relire. J'étudiais la littérature pour la beauté des textes, et Dieu merci je saurai toujours la reconnaître et l'apprécier. Mais maintenant, il me faut penser à la suite.

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11 juillet 2011

Non, je ne rallongerai pas mes jupes.

Hier dimanche, métro parisien, robe à fleurs-ballerines et collants noirs. Un homme d'une soixantaine d'années et sa femme, et la remarque du premier : "Il y en a qui n'ont pas peur du viol".

Alors monsieur, je vous le répète, et sans colère cette fois : si c'est au viol que vous pensez, c'est de votre faute. Votre remarque en dit plus long sur votre propre comportement sexuel que ma tenue sur le mien.

Il fut une époque où la lutte était féministe et s'affublait des attributs masculins pour mieux marcher sur les plates-bandes de ces messieurs, effrayés depuis des siècles par le pouvoir de ces dames. Aujourd'hui la lutte est féminine. Et entendons-nous bien : ce n'est pas parce que mon sexe est féminin que je suis sexuelle, messieurs. Et l'on ne me fera pas croire que je porte des tenues choquantes, je refuse même d'évoquer le sujet : le débat me semble déjà assez stupide.

Et si mon erreur est de vous avoir plu, monsieur, je m'en moque pas mal : arrêtez le viagra et retournez à vos mots croisés, Bobonne sera toujours auprès de vous, puisque ce jour-là dans le métro elle a préféré se taire.

Donc, à défaut de vous avoir giflé hier comme j'aurais dû le faire, laissez-moi vous rire au nez. Et je vous dirais bien de retourner un moment sur Youporn pour calmer vos ardeurs, puisque visiblement vous n'avez pas autre chose pour vous.

Monsieur, si vous n'aviez pas été d'une grossièreté ridicule, si vous n'aviez pas laissé éclater vos pensées libidineuses sous couvert d'idées morales, je me foutrais bien de vous. Je n'aurais pas même une l'once d'une idée de votre petite existence, et vous auriez pu à loisir continuer à vous gaver de cette pornographie qui vous laisse croire que si les femmes sont là et telles qu'elles sont, c'est pour vous remuer la braguette.

Alors non, messieurs, les femmes ne s'habillent plus en fonction de vos érections : si elles ne se cachent plus, c'est qu'elles se moquent bien de ce que vous ne sachiez pas vous tenir. Et si elles se montrent, ce n'est pas pour vous rameuter.

Ce que vous ne comprenez pas, c'est que la féminité puisse se faire à ce point en dehors de vous.

Pour ma part, messieurs, je me fous bien de vous plaire ou de vous choquer. J'ai simplement pitié que vous puissez à ce point penser que le monde tourne autour de vos bites.

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03 juillet 2011

Un Prince d'une beauté furieuse.

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Il y a quelques jours, Prince se produisait pour la première fois au Stade de France. Grâce aux quelques 5000 places bradées avant l'ouverture de la billetterie, il y a un mois, j'ai pu m'y rendre jeudi dernier, et ne pas m'en remettre.

D'aucuns parlent de sa notoriété qui s'essouffle, l'on aura dit que l'on ne remplit pas forcément un stade sous prétexte que l'on est seulement légendaire, ou encore que les gradins étaient assez clairsemés. Et j'ai moi-même pensé qu'ils le seraient véritablement, jusqu'à ce que le spectacle commence tout à fait.

Mettons les choses au clair : Prince est d'une beauté ! Je jure que c'est vrai. Nous étions face à la scène, et malgré la distance, et quand bien même il aurait bénéficié du renfort d'écrans géants rivés sur lui, le moindre de ses mouvements était d'une grâce affolante. Une allure féroce pour un homme beau comme une femme. Capuche en velours orange, chemise de soie jaune, bottes en fourrure blanche, décolleté noir pailleté, ne cherchez pas : allongé sur son piano violet, de l'argent percé tout autour des oreilles, Prince a laissé le stade bouche-bée.

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Le concert aurait duré plus longtemps, avec les rappels et le plaisir évident de Prince lui-même, s'il n'avait pas fallu se résoudre à respecter l'heure tardive. Presque trois heures d'un concert grandiose, où le spectacle laisse la part belle à la musique, et presque à la musique seule. Plus qu'un artiste, c'est un groupe que nous avons vu jouer, car Prince quitte volontiers la scène pour laisser ces espèces de génies fous qui l'accompagnent. Ce saxophoniste en longue robe blanche, et cette Andy Allo d'une beauté démentielle. Il faudrait que je parle de cette grande girafe noire, derrière sa guitare blanche et sa robe africaine, et de la façon dont elle a hypnotisé le stade quand elle a chanté seule sur le rythme d'une simple basse un peu techno. Pendant quelques minutes, Prince l'a laissée mettre les 80's de côté. Il fallait les voir tous les deux jouer dos à dos, et elle perchée sur ces talons vertigineux, se découper comme une ombre chinoise dans la lumière d'un projecteur. 

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Mention spéciale également à la première partie du concert, assurée par Sharon Jones and the Dap-Kings, dans un stade pourtant encore peu rempli à cette heure. Une belle façon de tirer au public son énergie et son plaisir. C'est pendant quelques secondes à peine, le temps d'un solo de guitare inattendu, que Prince a fait une apparition surprise au cours de la première partie, avant de repartir sans prévenir. Je ne crois même pas que tout le monde ait compris de qui il s'agissait, ni pourquoi tout d'un coup, au son d'une guitare un peu différente, certains se sont mis à applaudir ou à crier.

En somme, un spectacle fabuleux, deux beautés folles, un Prince toujours ahurissant et qui ne boude pas son plaisir. Mais surtout des musiciens comme on n'en entend peu.

Photos : Gala.fr et Premiere.fr

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27 juin 2011

Souvenirs d'un autre été.

matin

 

Il m'aura fallu le soleil brûlant d'un dimanche à Paris pour reconnaître l'été. Pardon Paris, mais si je n'étais pas forcée de rester sur tes boulevards, je te ferais bien quelques infidélités pour revenir à mes premières amours.

Aujourd'hui l'haleine chaude qui traverse mes fenêtres à-demi closes me rappelle un autre été, celui de toutes mes autres années. Sous les poutres sombres de tes appartements il se joue des belotes, la moiteur d'une toile cirée, le concert assourdissant d'une cigale que l'on n'a pas envie de voir taire. Il se joue cet accent que je ne peux pas réprimer, cette petite musique à qui vont si bien le soleil et les pierres, la poussière et les cours d'eau glacée et rare.

Pardon Paris, mais tes rues n'ont jamais connu le Mistral, et un soleil moins beau les cogne. Le bruit que tu fais est presque celui d'une autre qui m'épuise et me fatigue, mais dont l'été me manque. Tes immeubles sont trop grands, trop nombreux, trop plein des bruits de tes rues. Je connais une ville où des pavés silencieux l'on devine la chaleur des tuiles qui se découpe dans le ciel bleu, où la rue que l'on entend n'offre que le roulis des pas sur le pavé poli, où l'on se tait presque.

Pardon Paris, mais tes rues n'ont pas d'itinéraires tout tracés vers la mer. Il n'y a aucune mouette que je déteste, aucun vent salé, aucun souffle léger et collant. Les gens ici portent trop de vêtements, trop de cuir, trop de ceintures et leur peau est rougie de tant de lourdeurs. Je connais des endroits où l'on porte des robes pour le seul plaisir de les sentir voleter. Je connais des endroits où l'on attend chaque fois, pieds nus, de sentir que l'herbe est chaude et douce, et que la terre dessous est encore fraîche. 

Je connais des endroits où près des tonnelles de grands éclats d'eau bleue et de rires se font entendre à cette heure. Je sais que quelque part l'on se jette dans l'eau fraîche d'une piscine, que la margelle est brûlante et pleine d'abeilles, que des insectes ivres de tant de fraîcheur viennent pour s'y noyer. Et ces cigales, toujours ces cigales, cette drôle de musique.

Je sais que quelque part près d'une sorgue, sous chaque arbre des choses se jouent dans l'ombre et la fraîcheur. Il y a des monstres de lézards, des scorpions et des serpents verts ou violets. Je sais que les murs sont blancs et burinés par le soleil, et je sais que derrière le claquement des persiennes et derrière les volets clos et poussièreux, les maisons sont fraîches comme des églises.

Alors pardon Paris mais aujourd'hui je suis ailleurs.

J'ai pris cette photo un matin d'août, très tôt.

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20 juin 2011

UnderbaraClara.

A l'époque, j'avais visité ce blog par hasard, et de fond en comble parce que la blogueuse était suédoise, et que l'on y voyait un peu de Suède à l'époque où j'aurais tant aimé m'y rendre. Je veux toujours y aller, d'ailleurs.

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Bien entendu, je ne parle pas suédois, c'est tout juste si je distingue quelques syllabes et quelques mots, alors j'ai tout juste pu comprendre que la demoiselle, Clara, est journaliste et photographe. Pour le reste, je regarde seulement les photos, et je devine ce qu'elle peut en dire. Elle avait un premier blog, que j'ai dans mes favoris depuis des années. J'ai découvert il y a peu de temps qu'elle en avait ouvert un second, que la brune suédoise avait cessé les décolorations à la scandinave, et qu'elle avait un bébé. Elle est peut-être assez connue, en vérité, mais je n'en sais pas grand chose.

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J'aime surtout ses photos de paysages, et les intérieurs suédois qu'elle montre parfois. Et, même si ce n'est pas vraiment mon genre, j'aime son quotidien un peu vintage, un peu rétro, et l'impression qu'elle donne d'avoir toujours le sourire et le rose aux joues.

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14 juin 2011

"Ses yeux dans les tiens, c'est fou Violette."

Le Bleuet est une librairie immense et labyrinthique, pleine de recoins et d'escaliers, de renfoncements et de mansardes. On met presque deux heures pour s'y rendre, et il faut passer Apt, et c'est plein de virages dans les arbres du Luberon, d'ocres cachés et de ravins. Lorsque l'on arrive, Banon se dresse sur son piton rocheux, et cette maison de village pleine de livres sent le frais et la poussière. L'on y trouve tout ce qu'on cherche et bien plus : c'est une librairie où l'on garde les livres même si personne ne les a encore achetés.

Je m'y suis offert La bâtarde de Violette Leduc, sans trop y croire parce que depuis que l'on ne me sommait plus de lire des classiques, je n'arrivais plus à lire quoi que ce soit d'autre, et que ça me désespérait. J'ai ouvert de nombreux livres, et je suis repartie avec celui-ci quand j'ai réalisé que j'avais commencé à le lire, et que je voulais déjà en retenir quelques phrases.

Pourtant, je déteste les autobiographies, le ton évaporé et pompeux que les autobiographes prennent. Je trouve que l'autobiographie est un choix d'une facilité navrante. Et surtout, j'abhorre le stream of consciousness, ce flot de pensée qui donne aux gens l'impression d'avoir du style. J'ai le sentiment que lorsqu'on ne sait pas écrire, c'est le genre qu'il faut pour écrire malgré tout quelque chose, parce que l'on croit avoir "des choses à raconter".

Alors voilà une autobiographie brillante d'intelligence et de finesse, aux formules évidentes et frappantes. Quelque chose de Colette également : l'enfance, l'école et la campagne, l'amour au féminin, la netteté éclatante des souvenirs, et un certain mélange d'attendrissement et de sévérité.

* * *

"Je hurlais. Ma grand-mère rentrait dans la chambre avec un balai, elle me tendait les bras. Nous nous aimions dans un silence fou. [...] Tu me disais : "Fais ta prière." Ma prière, c'était d'écouter l'imperceptible clapotis de tes lèvres qui priaient. Le tic tac de l'horloge mollissait, il se soumettait à nos silences d'amour. J'écoutais ta respiration, mon oreille chérissait ton sein irréel."

"Berthe ma mère, j'étais ton mari avant le mariage. Je grattais avec mes ongles la terre des jardins, je volais pommes de terre et petits pois, je me jouais des fils de ronce. Tu t'es mariée, tu m'as acheté ce qu'il y a de meilleur ches le confiseur, tu m'as remboursé les pâles émeraudes dans les cosses de petits-pois."

"Nous nous serrions encore, nous désirions nous faire engloutir. Nous nous étions dépouillées de notre famille, du monde, du temps, de la clarté. Je voulais que, serrée sur mon coeur béant, Isabelle y pénétrât. L'amour est une invention harassante. Isabelle, Violette, disais-je en pensée pour m'habituer à la simplicité magique des deux prénoms. [...] On rampait dans mon ventre. J'avais une pieuvre dans le ventre. [...] Faites qu'elle ne dorme pas sous un champ d'étoiles. Faites que la nuit n'engendre pas la nuit."

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